Sermons sur le Catéchisme des Eglises réformées

Quand on s’intéresse aux prédications des pasteurs de Charenton, on découvre un certain nombre de sermons sur les différents sections du Catéchisme de Genève (1545), qui remonte à Jean Calvin. Bien que ce Catéchisme ait été rapidement supplanté par celui de Heidelberg (1563), les pasteurs réformés de Paris du XVIIe siècle prêchaient de temps en temps sur ces leçons du Catéchisme genevois. Il nous a semblé intéressant de réunir ces sermons et de les présenter ensemble avec les passages du Catéchisme :

 

Le souverain bien des hommes

  1. M : Et quel est le souverain bien des hommes ?
    E : Cela même.
  2. M : Pourquoi l’appelles-tu le souverain bien ?
    E : Parce que sans cela notre condition est plus malheureuse que celle des bêtes brutes.
  3. M : Par cela donc nous voyons qu’il n’y a nul si grand malheur que de ne vivre pas selon Dieu.
    E : Voire.
  4. M : Mais quelle est la vraie et droite connaissance de Dieu ?
    E : Quand on le connaît afin de l’honorer.

La manière de bien honorer Dieu gît en quatre points

  1. M : Quelle est la manière de le bien honorer ?
    E : C’est que nous ayons toute notre fiance en lui, que nous le servions en obéissant à sa volonté, que nous le requérions en toutes nos nécessités, cherchant en lui le salut et tous biens, et que nous reconnaissions, tant de coeur que de bouche, que tout bien procède de lui seul.

Quatre parties

  1. M : Quelles ?
    E : La première sera de Dieu le Père ; la seconde de son Fils Jésus-Christ, en laquelle est récitée toute l’histoire de notre rédemption ; la troisième du Saint-Esprit ; la quatrième de l’Église et des grâces de Dieu envers icelle.

De la Trinité

  1. M : Vu qu’il n’y a qu’un Dieu, qui te meut de réciter le Père, le Fils et le Saint-Esprit, qui sont trois ?
    E : Parce, qu’en une seule essence divine, nous avons à considérer le Père, comme le commencement et origine, ou la cause première de toutes choses ; puis après son Fils, qui est la sagesse éternelle ; le Saint-Esprit, qui est sa vertu et puissance, laquelle est épandue sur toutes créatures, et néanmoins réside toujours en lui.
  2. M : Par cela tu veux dire qu’il n’y a nul inconvénient qu’en une même Divinité nous comprenions distinctement ces trois personnes, et que Dieu n’est pourtant pas divisé.
    E : Il est ainsi.

La première partie

  1. M : Récite maintenant la première partie.
    E : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ».

Père

  1. M : Pourquoi le nommes-tu Père ?
    E : C’est au regard de Jésus-Christ, qui est la Parole éternelle, engendrée de lui devant les siècles ; puis étant manifesté au monde, a été approuvé et déclaré être son Fils. Mais, en tant que Dieu est Père de Jésus-Christ, de là s’ensuit qu’il est aussi le nôtre.

Qu’emporte la puissance de Dieu

  1. M : Comment entends-tu qu’il est tout-puissant ?
    E : Ce n’est pas seulement à dire qu’il ait le pouvoir, ne l’exerçant plus, mais qu’il a toutes créatures en sa main et sujétion, qu’il dispose toutes choses par sa providence, gouverne le monde par sa volonté, et conduit tout ce qui se fait selon que bon lui semble.

La puissance de Dieu n’est pas oisive

  1. M : Ainsi selon ton dire, la puissance de Dieu n’est pas oisive, mais emporte davantage ; à savoir qu’il a toujours la main à la besogne, et que rien ne se fait, sinon par lui, ou avec son congé et son ordonnance.
    E : Il est ainsi.

Que c’est que l’Église ?

Fruit de la mort de Christ

Catholique

La communion des fidèles

 

Adoration aux images

Quelle peinture et défendue

Le cinquième commandement

Que c’est qu’honorer père et mère

Vie longue

Biens terriens avec condition

Punition des enfants désobéissants

Larcin

Larcin intérieur

Le neuvième commandement

Doctrine générale du jugement

Qu’emporte le mot de « Père » en Dieu

  1. M : Venons à l’exposition. Et devant qu’entrer plus avant, pourquoi est ici Dieu appelé « notre Père », plutôt qu’autrement ?
    E : D’autant qu’il est bien requis que nos consciences soient fermement assurées, quand il est question de prier, notre Dieu se nomme d’un mot qui n’emporte que douceur et gracieuseté, pour nous ôter tout doute et perplexité et nous donner hardiesse de venir privément à soi.
  2. M : Oserons-nous bien donc nous retirer familièrement à Dieu, comme un enfant à son père ?
    E : Oui, voire avec plus grande certitude d’obtenir ce que nous demanderons. Car si nous qui sommes mauvais ne pouvons refuser à nos enfants le pain et la viande quand ils nous demandent, tant moins le fera notre Père céleste qui non seulement est bon, mais est la souveraine bonté (Matthieu 7.11).
  3. M : De ce Nom même ne pouvons-nous pas bien prouver ce qui a été dit, que la prière doit être fondée en l’intercession de Jésus-Christ ?
    E : Oui pour certain, d’autant que Dieu ne nous avoue pour ses enfants, sinon en tant que nous sommes membres de son Fils.

Notre

  1. M : Pourquoi n’appelles-tu pas Dieu « ton Père », mais l’appelles « notre », en commun ?
    E : Chacun fidèle le peut bien nommer sien en particulier, mais en ce formulaire Jésus-Christ nous enseigne de prier en commun, pour nous admonester que nous devons exercer notre charité envers nos prochains en priant, et non pas seulement avoir le soin de nous.
  2. M : Que veut dire cette particule « qui es aux cieux » ?
    E : C’est autant, comme si je l’appelais haut, puissant, incompréhensible.
  3. M : Comment cela ? Et pour quelle fin ?
    E : Afin qu’en l’invoquant, nous apprenions d’élever en haut nos pensées pour ne rien imaginer de lui charnel, ni terrien et ne le mesurer à notre appréhension, ni l’assujettir à notre volonté, mais adorer en humilité sa Majesté glorieuse, et aussi pour avoir plus certaine fiance en lui, en tant qu’il est Gouverneur et Maître de tout.

La troisième requête : comment la volonté de Dieu doit être accomplie

  1. M : Comment requiers-tu que la volonté de Dieu soit faite ?
    E : Que toutes créatures lui soient sujettes pour lui rendre obéissance et ainsi que tout se fasse selon son bon plaisir.
  2. M : Entends-tu que rien se puisse faire contre sa volonté ?
    E : Nous requérons non pas seulement qu’il amène toutes choses à tel point que ce qu’il a déterminé en son conseil advienne, mais que toute rébellion abattue, il range toutes volontés à la sienne seule.

Renouvellement

  1. M : En ce faisant, ne renonçons-nous pas à nos propres volontés ?
    E : Si faisons, et non seulement afin qu’il renverse nos désirs qui contreviennent à son bon plaisir, les rendant vains et de nul effet, mais aussi qu’il crée en nous nouveaux esprits et nouveaux coeurs, tellement que nous ne voulions rien de nous-mêmes, mais que son Esprit veuille en nous pour nous faire pleinement consentir avec lui.

Volonté de Dieu faite au ciel

  1. M : Pourquoi ajoutes-tu « en la terre comme au ciel » ?
    E : D’autant que ses créatures célestes, qui sont ses anges, ne cherchent qu’à lui obéir paisiblement, sans quelque contrariété, nous désirons que le semblable se fasse en terre, c’est que tous hommes se rangent en obéissance volontaire.

Section XLII

La cinquième demande

  1. M : Que contient la cinquième demande ?
    E : Qu’il plaise à Dieu nous pardonner nos péchés.

Il n’y a si saint qui n’ait métier que Dieu lui pardonne

  1. M : N’y a-t-il homme vivant si juste qui n’ait métier de le faire ?
    E : Non. Car le Seigneur Jésus a donné cette forme à ses apôtres pour son Église. Ainsi, quiconque s’en voudrait exempter renoncerait à la communauté des chrétiens. Et de fait, l’Ecriture nous testifie que le plus parfait, voulant alléguer un point à Dieu pour se justifier, sera trouvé coupable en mille (Job 9.2-3). Il faut donc que nous ayons tous notre refuge à sa miséricorde.

Quelle est la rémission des péchés

  1. M : Comment entends-tu que cette rémission nous soit faite ?
    E : Comme les paroles même dont Jésus-Christ a usé le montrent, c’est que les péchés sont dettes, lesquelles nous tiennent obligés à condamnation de mort éternelle. Nous demandons que Dieu nous en acquitte par sa pure libéralité.
  2. M : Tu entends donc que nous obtenons rémission de nos péchés par la bonté gratuite de Dieu ?
    E : Voire. Car nous ne pouvons nullement satisfaire pour la moindre faute que nous ayons commise, si Dieu n’use envers nous de sa pure libéralité, en nous les remettant toutes.

Fruit du pardon des péchés

  1. M : Quand Dieu nous a pardonné nos péchés, quel fruit et utilité nous en revient ?
    E : Par ce moyen, nous lui sommes agréables, comme si nous étions justes et innocents, et nos consciences sont assurées de sa dilection paternelle envers nous, d’où vient salut et vie.

Pardon des fautes est gratuit

  1. M : Quand tu demandes qu’il nous pardonne comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, entends-tu qu’en pardonnant aux hommes, que nous méritions pardon de lui ?
    E : Non pas. Car le pardon ne serait plus gratuit, et ne serait pas fondé en la satisfaction, qui a été en la mort de Jésus-Christ, comme il doit être. Mais en tant qu’en oubliant les injures qu’on nous fait, nous ensuivons sa douceur et clémence, et ainsi nous démontrons être ses enfants, il nous donne cette enseigne pour nous certifier. Et d’autre part, il nous signifie qu’il ne nous faut attendre en son jugement que toute sévérité et extrême rigueur, si nous ne sommes faciles à pardonner et faire grâce à ceux qui sont coupables envers nous.

Désavoués enfants de Dieu

 

Section XLIII

La sixième requête

    1. M : Qu’est-ce qui s’ensuit ?
      E : « Ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du mal ».
    2. M : Ne fais-tu qu’une requête de cela ?
      E : Non, car le second membre est exposition du premier.
    3. M : Quel est la substance d’icelle ?
      E : Que Dieu ne nous laisse point trébucher au mal et ne permette que nous soyons vaincus du diable et des mauvaises concupiscences de notre chair, lesquelles bataillent contre nous (Romains 7.23), mais qu’il nous donne la force de résister, nous soutenant de sa main et nous ayant en sa sauvegarde pour nous défendre et conduire.
    4. M : Comment cela se fait-il ?
      E : Quand par son Esprit il nous gouverne pour nous faire aimer le bien et haïr le mal, suivre sa justice et fuir le péché. Car par la vertu du Saint-Esprit nous surmontons le diable, le péché et la chair.
    5. M : Cela est-il nécessaire à tous ?
      E : Oui. Car le diable veille toujours sur nous, comme un lion rugissant, prêt à nous dévorer (1 Pierre 5.8), et nous sommes si faibles et fragiles qu’il nous aurait incontinent abattus si Dieu ne nous fortifiait pour en avoir la victoire.

Tentation

    1. M : Que signifie le mot de « tentation » ?
      E : Les astuces et tromperies du diable dont il use pour nous surprendre, selon que notre sens naturel est enclin à être déçu, et nous décevoir, et notre volonté est plutôt prête de s’adonner au mal qu’au bien.
    2. M : Mais pourquoi demandes-tu à Dieu qu’il ne t’induise point au mal, vu que cela est le propre office du diable ?
      E : Comme Dieu, par sa miséricorde, conserve ses fidèles, et ne permet que le diable les séduise, ni que le péché les surmonte, aussi ceux qu’il veut punir, non seulement il les abandonne et retire sa grâce d’eux, mais aussi les livre au diable pour être sujets à sa tyrannie, les aveugle et les met en sens réprouvé.
    3. M : Que veut dire cette addition : « car à toi est le Règne, la gloire et la puissance, aux siècles des siècles » ?
      E : Pour nous réduire derechef en mémoire que nos oraisons sont plutôt fondées en Dieu et en sa puissance et bonté que non pas en nous, qui ne sommes pas dignes d’ouvrir la bouche pour le requérir. Et aussi pour nous apprendre de clore toutes nos prières par sa louange.

Section XLIV

  1. M : N’est-il licite de demander autre chose, sinon ce qui a été récité ?
    E : Combien qu’il nous soit libre d’user d’autres paroles et d’autre forme et manière, si est-ce que nulle oraison ne sera jamais agréable à Dieu laquelle ne se rapporte à celle-ci, comme à la règle unique de bien prier.

IV. DES SACREMENTS

La quatrième espèce de vrai honneur de Dieu

Régénération, d’où prend sa vertu

De l’usage du baptême

Les promesses du peuple d’Israël sont étendues par tout le monde

A quelle condition on baptise les enfants

Christ seul sacrificateur éternel

Double signe pour notre infirmité

La vérité est avec la figure

Que nous recevons Jésus-Christ en la cène, et comment

Que c’est qu’il faut faire pour avoir la vérité du sacrement

Arrhes de la résurrection

Signe si on est membre de Christ

Pourquoi on reçoit une seule fois le baptême et la cène plusieurs fois

Pourquoi Judas a été reçu à la cène

  1. M : Mais notre Seigneur y a bien reçu Judas, quelque méchant qu’il fût.
    E : Son iniquité était encore cachée, et combien que notre Seigneur la connût, si n’était-elle pas notoire à tous.
  2. M : Que sera-ce donc des hypocrites ?
    E : Le ministre ne les peut exclure comme indignes, mais doit attendre que le Seigneur ait révélé leur méchanceté.
  3. M : Et s’il en connaît quelques-uns indignes, ou qu’il en soit averti ?
    E : Cela ne suffit point pour les exclure, sinon qu’il y ait approbation suffisante et jugement de l’Église.
  4. M : Il faut donc qu’il y ait quelque ordre et police sur cela ?
    E : Voire, si l’Église est bien réglée. C’est qu’on députe personnages pour veiller sur les scandales qui pourraient être. Et qu’iceux, en l’autorité de l’Église, interdisent la communion à ceux qui n’en sont nullement capables, et auxquels on ne la peut donner sans déshonorer Dieu et scandaliser les fidèles.

Fin du catéchisme de Genève (de Jean Calvin)

 

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