David Eustache

(1595-1672)

Une petite biographie

 

David Eustache naît dans le Dauphiné autour de 1595.

Après ses études de théologie, dont nous ignorons tout, il semble avoir exercé le ministère pastoral à partir de 1622. Il a été ministre de l’Eglise réformée à Corps [1] (Isère), à La Terrasse [2] (Isère), à La Mure [3] (Isère), à Mens [4] (Isère), à Die [5] (Drôme), puis à Montpellier [6] (Hérault).

Pendant son ministère à La Mure, Eustache affronte plusieurs adversaires catholiques [7] :

En 1638, Eustache s’installe à Die. Il est recteur et professeur de théologie de l’Académie protestante locale [14] et pasteur de l’Eglise réformée [15].

Pendant son ministère à Die, Eustache est à deux reprises « prêté » à l’Eglise de Montpellier [16]. L’Eglise l’apprécie et cherche à se l’attacher. Lors du synode d’Uzès, le 19 juin 1642, elle exprime ce souhait, qui ne rencontre aucune opposition.

Eustache devient donc pasteur de l’Eglise réformée de Montpellier en 1642. Il occupe ce poste jusqu’à la fin de son ministère.

Le 11 mars 1646, il se fiance [17] avec Marguerite de Malhet, de Nîmes. Le couple semble avoir eu trois filles.

Le 7 novembre 1647, le Synode provincial du Bas-Languedoc se réunit à Montpellier. A cette occasion, Eustache obtient l’approbation pour son livre destiné à répondre à la question : « Où était votre Église avant Luther ? ». En outre, le synode exhorte Eustache à « continuer à rapporter les dons et les grâces de Dieu qu’il lui a communiquées à la gloire du Tout-Puissant et à l’édification de l’Église ».

A Montpellier, Eustache continue à en découdre avec les docteurs catholiques, et notamment avec les jésuites Richard Mercier [18] (1588-1664) et Bernard Meynier (1604-1682). Comme d’habitude, les conférences et la publication de leurs Actes entraînent leur lot de publications polémiques de part et d’autre.

Le 29 avril 1654, Eustache préside le Synode provincial du Bas-Languedoc, qui se tient à Montpellier. On y débat notamment de la grâce, sujet qui divise le protestantisme de l’époque [19]. Le synode cherche à déminer le terrain en adoptant un règlement [20].

En novembre 1659, Eustache assiste, en tant que député de la province du Bas-Languedoc, au Synode national de Loudun, qui est présidé par Jean Daillé (1594-1670). Bien que le pouvoir royal se montre hostile aux protestants [21], on charge Eustache et Jacques d’Arlamde, seigneur de Mirebel, ancien de l’église de Villeneuve-de-Berg (Ardèche), d’aller à Toulouse pour présenter au roi les « très humbles devoirs, soumissions et remerciements » du synode. Comble d’humiliation, on oblige Eustache, qui doit prononcer la harangue devant le roi, à le faire à genoux [22].

Par ailleurs, le Synode charge Eustache de s’occuper, à son retour dans sa région, d’un différend entre le pasteur Méjanes et son Eglise [23].

Eustache achève son ministère pastoral à Montpellier en 1661 [24].

Le 8 août 1672 [25], il décède à Nîmes. Il est enterré, le jour même, au cimetière protestant de la Porte de la Couronne [26]. Deux filles le survivent.

Outre quelques sermons, David Eustache a laissé un certain nombre d’ouvrages de controverse.

                                                                                                                      

Sources

 

[1] En 1622 (selon E. Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, Grassart, 1875, p. 253) ; le site huguenots-france.org indique 1622-1625, sans indiquer de source.

[2] En 1622 (Arnaud, Histoire, p. 392).

[3] De 1626 à 1637, prêté à Die en 1630 et 1632 (Arnaud, Histoire, p. 249, 392).

[4] Intérimaire en 1632, à en croire le site huguenots-france.org.

[5] Arnaud, Histoire, p. 253, indique qu’Eustache exerçait à Die en 1630 et 1632 par intérim, puis de 1638 à 1641 comme titulaire. En 1639 et 1640, Eustache était prêté à Montpellier (Arnaud, Histoire, p. 392).

[6] De 1642 à 1661.

[7] Voir à ce sujet Eugène Arnaud, Notice sur les controverses religieuses en Dauphiné pendant la période de l’Edit de Nantes, Grenoble, 1872, p. 39-41.

[8] Voir Emile Kappler, Les conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au XVIIe siècle, conférence n° 110, p. 672ss.

[9] Celle-ci fait allusion à une deuxième conférence ayant opposé Barruel et Eustache le 28 mars 1627 à Valbonnais (Isère) (voir Kappler, op. cit., conférence n° 114, p. 688s).

[10] Voir Kappler, op. cit., conférence n° 115, p. 690s ; Kappler nomme l’adversaire d’Eustache Mirailler au lieu de Miraillet.

[11] A en croire Paul Dudon, « Les Jésuites dans le Diois (1610-1763) », Revue d’histoire de l’Eglise de France, 1929, 15/66 pp. 5-30, la victoire était du côté des jésuites : « Supérieur de la mission de Die, en 1631-1632, le P. Pierre Miraillet s’était engagé … en une lutte acharnée contre David Eustache. Les péripéties du combat sont racontées, dans La pitoyable déroute du Sr David Eustache, ministre de La Mure, avec la découverte de ses ignorances, du tout grossières, falsifications el impostures, signalées pour réponse à un chétif livre qu’il a mis en lumière ces jours passés ... (1627). L’ouvrage est signé Scipion de Sabran, prieur de Sainte-Croix. Mais ce n’est-là qu’un artifice, ainsi qu’il appert par l’aveu du P. Miraillet lui-même, en un de ses livres postérieurs. Le duel entre le prédicant et le Jésuite fut vif ; à la fin, le prédicant épuisé accepta de se réconforter par un verre de vin que lui offrirent les catholiques présents. Ses partisans confus l’abandonnèrent ; tandis que Miraillet achevait de confondre le pauvre homme en lui citant un texte grec. Après quoi, chacun des deux orateurs imprime le récit de la rencontre. Ayant désavoué sa défaite, le malheureux Eustache est poursuivi sans pitié par son adversaire, qui le dénonce aux siens, dans une Lettre à Messieurs du Consistoire de la Mure et dans une Requête à MM. les ministres [de la R.P.R. du Dauphiné] assemblés en leur synode de Serres. Les deux pièces sont insérées dans la Pitoyable déroute. Ce n’est pas tout. Miraillet finit par rejoindre le disputeur ignorant et faussaire, pour lui remonter ses torts. Eustache alors de s’équiper, de monter à cheval, et de fuir ; tandis que ses ouailles l’attendent vainement au temple, et que le P. Miraillet, averti que le bonhomme est tapi dans une métairie voisine, s’amuse, avec les catholiques de l’endroit, d’une si poltronne conduite ... Plus tard, en 1654, le P. Miraillet publiera, en Avignon, des Entretiens délicieux el profitables à toute sorte de personnes. Si David Eustache vivait encore, à cette date –  ce que j’ignore – il aura pensé, sans doute, que les « entretiens » de Miraillet, à La Mure, étaient d’autre sorte. » Mais il faut être prudent ; le langage même de Dudon, qui fut jésuite, suggère qu’il a repris la version catholique de manière assez peu critique. Il est peu vraisemblable qu’un pasteur réformé soit confondu par la citation d’un texte grec. Pour compléter l’exposé du conflit, on peut signaler qu’Eustache répondit à son adversaire assez brièvement, sur des feuilles volantes aujourd’hui perdues, ce à quoi Miraillet réagit en publiant Le dernier désespoir du sieur David Eustache … en 1628.

[12] Eugène Arnaud, Notice, p. 45s. cite des observations du Consistoire : « Cette conférence dura quelques jours, et en la première séance, le jésuite voulut charger de coups ledit sieur Eustache, sans considérer que ceux qui portent la robe ne doivent point estre batteurs. Ez autres séances il ne fit pas mieux … » Voir aussi Kappler, op. cit., conférence n° 129, p. 732ss.

[13] Voir Kappler, op. cit., conférence n° 029, p. 859. La conférence semble s’être tenue à La Mure alors qu’Eustache était déjà pasteur à Die.

[14] De 1638 à 1641.

[15] Au plus tard depuis 1637.

[16] Selon Kappler, op. cit., p. 902, en 1639-1640.

[17] Selon l’article « Mariages de pasteurs célébrés ou publiés à Nîmes de 1623 à 1685 » in : Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, vol. 55 (1906), p. 117, il y a eu « promesse de mariage » ce jour-là.

[18] Voir à ce sujet Philippe Corbière, Histoire de l’Eglise réformée de Montpellier, des origines jusqu’à nos jours, Montpellier, 1861, p. 197ss

[19] Voir Philippe Corbière, op. cit., p. 199s

[20] Haag, La France protestante, p. 43, le résume ainsi : « Défense fut donc faite aux ministres et aux professeurs, comme à tout autre fidèle, de parler, ni en particulier, ni en public, de l’universalité de la grâce, de la non-imputation du pèche d’Adam, de la connaissance de Dieu par les œuvres de la création , de décrets conditionnels, frustratoires, révocables, de première et de seconde miséricorde, de prédestination universelle, de rédemption générale, de la foi indistincte, de la vocation réelle, etc., sous peine de suspension et de censure pour les pasteurs, d’excommunication pour les laïques. »

[21] O. Douen, La révocation de l’Edit de Nantes à Paris. Tome premier, Paris, Fischbacher, 1894, p. 214, décrit le message transmis par le représentant de la Cour : « Le commissaire royal y fut Jacques de Colas, sieur de La Madelaine, vénérable vieillard, conseiller au parlement de Paris […]. Il émit non sans tristesse l’axiome nouveau de la monarchie absolue, en vertu duquel le roi « peut régler les choses mêmes qui concernent l’Église, qui a toujours été considérée comme une partie de l’Etat » ; il montra que les Églises, entourées d’ennemis, ne subsistaient que par la protection du roi ; il défendit à l’assemblée de parler des infractions des édits. S. M. lui ayant commandé de dire que les Réformés violaient ces édits ouvertement, et qu’ils en étaient venus « au suprême degré d’insolence » en prêchant partout malgré les défenses. Enfin, il invita la compagnie à donner tout pouvoir aux synodes provinciaux pour terminer les affaires, parce que S. M. avait résolu qu’il ne se tiendrait plus de synode national « que lorsqu’elle le jugerait expédient ». »

[22] O. Douen, op. cit., p. 215, rapporte un extrait de la lettre que le pasteur Jacques Couët-du-Vivier (1634-1666) adressait de Loudun à son grand-père, le pasteur Paul Ferry (1591-1669), le 19 décembre 1659 : « Nos députés [Eustache, pasteur de Montpellier, et Mirebel, envoyés en cour pour y porter les remerciements de l’assemblée] sont de retour depuis une heure, fort satisfaits (!) de l’accueil qui leur a été fait. Le roi a répondu à la harangue de M. Eustache (qu’il a prononcée à genoux, n’ayant pu obtenir de parler au roi debout, quoiqu’il ait fait toutes les instances imaginables, même que d’abord on ait donné à entendre qu’on se priverait plutôt de l’honneur de faire la révérence à Sa Majesté, que de souffrir cette flétrissure) par ce peu de mots : Je vous servirai, je vous maintiendrai dans vos édits, et vous en aurez les défrais. En effet, on nous a accordé la somme de seize mille livres, comme au dernier synode. »

[23] Selon Haag, La France protestante, p. 44. S’agirait-il d’Etienne Broche de Méjanes (1620-1695), pasteur à Saint-Hippolyte-du-Fort en 1660 ?

[24] Arnaud, Histoire, p. 392.

[25] Signalons que Philippe Corbière, op. cit., p. 195 note qu’Eustache « mourut vers la fin de 1661 ». L’année 1672 (qui nous semble plus fiable) est indiquée dans l’article « Décès de pasteurs arrivés à Nîmes de 1600 à 1685 » in : Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, vol. 55 (1906), p. 120. Les frères Haag, dans La France protestante, se contentent de dire qu’Eustache est mort « quelque temps après » sa rencontre avec le roi. Emile Kappler, op. cit., p. 903 cite trois dates, à savoir 1661 (selon Cioranescu), 1680 (DBF) et 1672 (selon Haag) et conclut ; « La date de sa mort est imprécise. »

[26] Ce cimetière n’existe plus ; il se trouvait sur les terrains qui sont occupés aujourd’hui par le square de la Couronne.

 

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